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Il semble que les
ventes de disques augmentent lorsque un nouveau média apparaît ou
quand il y a un très gros effort de promotion et de marketing des
maisons de disques.
En tout cas, j’ai
constaté que je, nous achetons davantage de disques lorsqu’un de ses
deux cas se présente. Ce qu’il y a d’inhabituel aujourd’hui, c’est
que, en tant que consommateurs ou clients potentiels, nous
expérimentons un nouveau média, l’internet, et nous sommes inondés
par les messages publicitaires et promotionnels. L’explosion de
nouveaux supports numériques incite au renouvellement. Le
développement de l’internet a donné l’espoir aux clients qu’ils
pourront être rois, enfin.
Donc, a priori,
pour ceux qui sont, travaillent dans l’industrie du disque, nous
vivons une époque formidable. Et si, on se réfère aux chiffres et à
certains critères d’évaluation de la santé des entreprises, c’est
effectivement une époque formidable pour l’industrie du disque.
Selon une étude de IFPI (la Fédération Internationale de l’Industrie
Phonographique), l’année 2000 a été marquée par une hausse de la
vente de disque en nombre d’unités, dans le monde - même si la vente
d’albums a augmenté au détriment de la vente de singles. La
croissance attendue dans le secteur de la diffusion de la musique
sur internet est de l’ordre de 35% pour 2001 d’après Richelieu
Finance. Par ailleurs le rachat de Universal Music group par le
groupe Vivendi et, à un degré moindre, celui de Warner (Time Warner)
par AOL illustre l’optimisme des milieux d’affaires pour l’avenir de
l’industrie de la musique.
Cependant, si on
prête attention aux mouvements et déclarations des acteurs
principaux de l’industrie du disque, en France ou aux USA par
exemple, c’est de l’anxiété que l’on entend et que l’on perçoit. De
l’anxiété voire de la peur. C’est que le développement de l’internet
a ébranlé leur monde, leurs habitudes et leurs certitudes.
Aujourd’hui, l’une des seules certitudes, que l’industrie de la
musique a, est que, quelque part, de nouveaux arrivants alliés aux
nouvelles technologies de l’information et de la communication, en
bref internet, conspirent pour lui rendre la vie difficile.
Face à ces
envahisseurs, à ce nouveau challenge, la réaction des majors du
disque a été somme toute prévisible. Ils ont attaqué en justice
Napster, et sont disposés à attaquer tous les sites d’échanges de
fichiers musicaux (qui ne sont pas sous leur contrôle, bien sûr).
Ils ont mis en avant quelques uns de leur meilleurs représentants
pour plaider leur cause et poursuivre en justice Napster à leur
tour, dans le domaine du HipHop, on pourrait citer Eminem et Dr Dré.
Ils ont augmenté les prix des albums, ils ont fait augmenter les
prix des CDs vierges… Ils défendent leurs position.
Jusqu’ici, tout va bien. Pour eux. Et
le fait qu’il y ait de nouveaux entrants ne signifie pas que Sony,
Universal, Warner, EMI et BMG vont se retrouver sur la paille du
jour au lendemain. Loin de là. Seulement, maintenant et davantage,
avec le temps, les artistes se rendent comptent que la technologie
numérique, internet, leur permet d’entrer directement en contact
avec leurs fans et de court-circuiter l’intermédiaire entre eux, la
maison de disque. Et que le tout le travail effectué par cet
intermédiaire peut très bien être réalisé à moindre coût. Chuck D y
voit même “une excellente opportunité pour les artistes de
comprendre qu’ils peuvent opérer au delà des positions de l’esclave
naïf ou des opportunités limitées des vieux modèles de l’industrie
du disque.”
Ce qui ne veut pas dire que tous les artistes vont s’engouffrer dans
cette nouvelle démarche. Cela signifie tout simplement qu’il y a de
nouvelles perspectives qui s’offrent aux artistes si tant est qu’ils
décident de prendre en charge le gros travail de promotion,
marketing et distribution. Ensuite entre l’intention et l’acte, les
aspirations, ambitions et capacités des uns et des autres feront la
différence.
Le problème majeur, immédiat pour les majors du disque n’est pas, à
mon avis, tant l’arrivée de nouveaux entrants que la recherche et le
maintien de talents. L’industrie du disque est dépendante des
talents, notamment d’artistes, talentueux, sinon populaires. Si vous
en disposez, vos ventes seront bonnes, si vous n’en avez pas, vos
ventes seront faibles. La recherche et la conversation des talents
au sein des majors sont d’autant plus cruciales aujourd’hui. Ce
n’est pas un hasard si Mariah Carey avait signé un contrat
mirobolant avec Virgin, non vérifiées mais des rumeurs dans
l’industrie prétendent que LL obtenait un bonus de 1 million de
dollars pour chaque album avec Def Jam, ce qui ne n’avait pas
empêché J records, le label de Clive Davis, de proposer un contrat
très lucratif à celui qui se proclame le G.O.A.T (greatest of all
time). Et les talents se sont aussi les cadres qu’il faut aussi
trouver et conserver pour être performant. BMG a “perdu Clive Davis”
qui est devenu un concurrent.
Vous vous dites
peut-être que ce ne sont pas vraiment des problèmes majeurs après
tout.
1 - concernant les artistes, si de nouvelles perspectives s’offrent
à eux, ça ne veut pas dire qu’ils vont tous s’y engouffrer. Faut-il
encore qu’ils décident de prendre en charge le gros travail de
promotion, marketing et distribution. Et puis entre l’intention et
l’acte, il y a des questions d’aspirations, ambitions et capacités
des uns et des autres… 2 - concernant les majors et les questions de
talents, il suffit qu’ils mettent de l’argent, plus d’argent sur la
table, il suffirait qu’ils proposent des opportunités et conditions
plus favorables pour résoudre le problème, me diriez-vous.
Remarquez, il n’y a pas si longtemps la plupart de meilleurs
artistes rap étaient signés en majors. Et cette réalité est plus ou
moins encore d’actualité.
Alors oui, les Majors se portent bien aujourd’hui. Merci ! Internet
leur a permis de toucher encore plus de monde et nous achetons
davantage de Cds que par le passé.
Oui mais… Parce qu’il y a un mais. Et
c’est Internet, encore. Le net est venu bouleverser, changer la
donne dans l’industrie du disque. Une major, si on y regarde près,
est une agrégation de compétences et de métiers divers qui,
ensemble, confèrent un avantage concurrentiel. Or, dans un monde de
plus en plus numérique, des petites ou moins petites structures
indépendantes seront capables de démontrer les mêmes compétences et
de réaliser chaque métier - à tous les niveaux - et cela mieux que
les Majors, en raison de leur spécialisation.
Il y a déjà et il y aura encore des studios d’enregistrements
indépendants. Il y a et il y aura encore des entreprises spécialisés
dans la fabrication et la production de Cds et de Vinyles. Il y a et
il y aura encore des entreprises et des structures indépendantes
spécialisées dans la promotion qui font et feront le travail de sape
et de terrain avec une plus grande conviction et efficacité que les
attachés de presse et relations publiques des majors. Il y a et il y
aura des boîtes de production vidéos qui proposent et proposeront
des vidéos clip bien plus créatifs que ce qu’on nous propose à la
télé aujourd’hui. Et il y a déjà et encore plus dans les années à
venir, internet comme réseau de distribution
J’ai appris que les
Roots font environ deux cent dates par an. Ils tirent la majeure
partie de leurs revenus des concerts. Et il est vraisemblable que
les artistes, surtout ceux signés en major seront amenés à tourner
davantage, dans un proche future. Ceux qui sont à l’aise sur scène,
seront certainement les gagnants de cette nouvelle donne dans
l’industrie du disque - Ne serait-il pas d’ailleurs un juste retour
des choses ?
Les ventes d’albums, c’est pour les maisons de disques. Pour les
majors, les concerts vendent les disques de toute façon. Et elles
tirent la majorité de leurs revenus des ventes de CDs. Quant à
l’argent qui semble leur échapper, elles le récupèrent des artistes
sous la forme de remboursements des frais de marketing, promotion et
publicité. C’est pour cela qu’il arrive même que des artistes
doivent de l’argent à leur maison de disque comme Organized
Konfusion avec Hollywood records (et même priority records, je
crois). C’est pour cela aussi qu’il arrive que des artistes ne
touchent de l’argent qu’après avoir été disque d’or et plus, voire
disque de platine et plus.
Aujourd’hui, avec
le développement des technologies numériques, on pourra peut être
dire que les CDs vendent les concerts et les tournées - ou plus
précisément un CD apprécié a des chances de se traduire par l’achat
de billets de concerts pour voir le groupe ou l’artiste à l’origine
de ce CD. A terme, avec les graveurs de CDs, les musiques
disponibles en ligne et la technologie peer to peer, il sera
beaucoup plus difficile pour les maisons de disque d’atteindre le
disque d’or ou de platine pour leurs artistes, avec le niveau de
prix actuel, et qui ne cesse de croître. Il sera donc encore plus
difficile pour les artistes de plus d’argent sur les ventes de leurs
disques.
La baisse des prix
n’étant, à mon avis, pas encore d’actualité, le futur de l’industrie
du disque n’est pas dans la vente d’albums, en tout cas pas
seulement. Le futur de l’industrie du disque appartient à ceux qui
sont capables et disposés à satisfaire à la fois les consommateurs,
les acheteurs d’une part, et les artistes d’autre part, tout en y
trouvant son compte, bien sûr. Cela va sans dire, mais c’est mieux
en le disant.
Et dans cette
optique, les sociétés de management d’artistes, comme Violator aux
States ou dans une moindre mesure Lickshot en France, sont les mieux
placées pour être de nouveaux leaders dans l’industrie du disque,
dans le business de la musique. Les sociétés de management
d’artistes ont l’habitude de travailler avec les studios
d’enregistrement, les labels, les annonceurs et sociétés de
promotion et marketing, les boîtes de production de vidéos. Ils ont
même pris l’habitude de mettre la main à la pâte. Désormais, elles
passent à l’étape supérieur. Elles s’investissent dans la production
musicale, à l’image de Violator qui est aussi devenu un label. Pour
le moment Chris Lighty et Mona Scott, les boss de Violator se sont
associés avec Sony via Loud/Columbia.
Mais les sociétés
de management d’artistes qui développent une branche label peuvent
désormais se passer des majors et s’associer avec une société de
service (sur internet ?) pour - tout en divertissant, informant et
guidant les fans - distribuer, promouvoir et valoriser non seulement
leur marque/nom, mais surtout les produits de leurs clients, les
artistes. Ne sont-elles pas les mieux positionnées pour devenir de
véritables maisons de disque ? après tout, elles sont censées œuvrer
pour le meilleur intérêt de leurs clients. Et plus l’artiste gagne
de l’argent, plus le manager en gagne aussi.
Message à tous ceux qui veulent
s’investir dans le business de la musique, dans l’industrie du
disque : le futur du business se trouve dans la représentation, le
management et le développement des talents, des artistes. Les
maisons de disque traditionnelles possèdent les masters mais la plus
value n’est plus dans les masters mais dans l’artiste lui-même.
Le conflit entre
les majors et Napster en est sans doute l’illustration. Certes, il y
a eu des artistes qui se sont positionnés contre Napster et “la
piraterie”, mais il y a eu aussi des artistes qui ne se sont pas
positionnés contre et même des artistes qui se sont positionnés
pour, KRS One et Chuck D notamment. Pourquoi ? parce que beaucoup
d’artistes tirent déjà leurs sources de revenus ailleurs que dans
les ventes de disques. C’est sûr que les “stars” de la musique vont
perdre pas mal d’argent avec cela, mais en contrepartie des artistes
de ce niveau ont au moins trois autres sources de revenus qui
peuvent leur rapporter encore plus d’argent que les ventes de
disques : les concerts et les tournées, la publicité et le
merchandising.
Et ce qui est vrai, pour les stars,
l’est aussi à des degrés moindres pour les autres artistes moins
célèbres mais qui ont néanmoins un certain talent. En effet, ils
sortent un album peut être tous les deux ans, alors que les
concerts, les contrats de promotion et de publicité, le
merchandising et surtout les concerts peuvent avoir lieu toute
l’année. C’est sûr que les artistes qui ne vont pas à la rencontre
de leur public (pour différentes raisons d’ ailleurs) ne peuvent que
compter sur les royalties des CDs.
Néanmoins, c’est la
raison pour laquelle, la plus value se trouve dans l’artiste
lui-même. Les artistes peuvent décider de distribuer leur musique à
un prix beaucoup plus bas que les tarifs actuels voire même
gratuitement, ce qui servira de produit d’appel pour stimuler
d’autres activités aux marges plus importantes telles que les
concerts et le merchandising.
Dans tous les cas, le futur du business de la musique n’est pas
encore écrit et vous pouvez le créer. Seulement, comme je le disais
lors d’une discussion dans les Forums du HipHop, il est facile de
perdre sans tenter sa chance. Il suffit de se dire qu’on y arrivera
pas alors pourquoi tenter, il suffit de se dire qu’on n’a pas les
moyens, ou que le monde est contre nous, il suffit en fait de se
trouver les bonnes excuses pour ne rien tenter et se dire après que
ça n’arrive qu’aux autres.
C’est sûr qu’il y aura des gagnants et
des perdants, des meneurs et des spectateurs. Mais c’est -
malheureusement ? - le business qui est comme ça. Il faut arrêter de
s’en prendre à ceux qui gagnent de l’argent ou définissent leurs
règles du jeu ou encore défendent leur idéologie. On ne peut s’en
prendre qu’à soi-même si les opportunités se présentent et qu’on ne
les saisit pas, par manque de courage, d’ambition ou par aversion
pour le risque.
Le développement
des nouvelles technologies de l’information et de la communication
offre de nouvelles perspectives et opportunités. Qu’en faites-vous ?
Que faites-vous ? |